L’origine de la foire
Saint-Siffrein
à Carpentras
C’est
une “bulle” du pape Clément VII, en l’an 1525 le 18 janvier, qui
fixe la fête de Saint-Siffrein au 27 novembre en autorisant
l’exposition de la relique insigne conservée dans le Trésor de la
cathédrale depuis le début du 14e siècle que durant cette seule
journée. La foule des pèlerins contribua ainsi au succès de cette foire
dite de la Saint-Siffrein, aux dépens de celle de la Saint-Mathieu le
20 septembre.
La foire a conservé son esprit
Carpentras,
en 1525... La capitale du Comtat Venaissin s’apprête à
accueillir des milliers de visiteurs venus parfois de loin à l’occasion
de sa première foire de la Saint-Siffrein : en tout cas la première
dont nous retrouvons les traces historiques dans la “bulle” du pape
Clément VII. Pendant quelques jours, chacun se rend à la ville pour
acheter les uns des bestiaux, les autres des ustensiles ou tout autre
marchandise disponible uniquement à cette occasion.
484 ans plus tard, même si les grandes surfaces fleurissent toujours
plus nombreuses, toujours plus gigantesques et si leurs horaires
d’ouverture empiètent même sur les jours fériés, la foire de la
Saint-Siffrein reste cet important rendez-vous de l’automne, unique
cocktail de foire-exposition, de fête foraine et de grand marché. C’est
un fait indiscutable parce qu’il se vérifie chaque année : la
Saint-Siffrein est et demeure, à la fois, une formidable vitrine des
savoir-faire agricole, artisanal, commercial et industriel mais aussi
un moment magique de détente et de rencontre.
D’année en année, les organisateurs ont réussi à allier la tradition et
la modernité : des nouvelles technologies aux maquignons de la foire
aux chevaux, il y a de la place pour tout et pour tous car la
Saint-Siffrein a su conserver son esprit populaire. L’entrée est
résolument gratuite même sur le champ de foire, sa durée n’excède pas 4
jours et son secteur agricole, véritable colonne vertébrale historique
de la manifestation, lié à l’artisanal, l’industriel et le commercial,
tient toujours une place de choix.
Et même si certains pensent qu’elle ne joue plus le rôle économique
d’hier, la foire de Carpentras reste l’un des rendez-vous
incontournables du calendrier, profondément ancrée dans nos mémoires et
dans nos coeurs : cette foire au charme un brin désuet mais jamais
ringard, garde son rôle culturel fort, haut lieu d’échanges et de
convivialité entre les hommes, rôle renforcé en ces temps difficiles
pour certains. La foire de la Saint-Siffrein, contrairement à beaucoup
d’autres, a su conserver son âme sans jamais se renier. C’est cette
authenticité que visiteurs et exposants plébiscitent. C’est pourquoi le
président Antoine Laval réaffirme : «nous sommes conscients d‘être les
gardiens du passé, les artisans du présent et les concepteurs du futur
de cette foire pas comme les autres».
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Le jour de la foire...
il y a 203 ans !
Isabelle
Battez, Conservateur honoraire de la Bibliothèque
Inguimbertine et des musées de Carpentras, nous raconte le jour de la
Saint-Siffrein, il y a 203 ans...
“Un certain 27 novembre 1896, à la faible lueur des
lampadaires électriques installés depuis peu, le vétérinaire Jules
Mirot, chargé de la police sanitaire, inspectait les animaux offerts à
la vente ; aucun cas d’épizootie n’étant constaté, il avait continué
son parcours le long des Platanes, accompagné d’Isidore Bonneton, le
garde des marchés, et du commissaire de police Cluzan. Les forains
envahissaient déjà le boulevard depuis la rue de la République jusqu’à
la porte d’Orange et vidaient leurs charrettes, tandis que les préposés
commençaient à percevoir les droits de place. Dans la ville, les
commerçants “déballaient” déjà devant leurs portes, disputant le
moindre espace aux forains pendant que les quinze aubergistes et les
vingt-sept cafetiers songeaient à la bonne recette qu’ils ne pourraient
manquer de faire : le temps s’annonçait beau et les chalands ne
manqueraient point.
Vers neuf heures, les officiels se réunirent près du Quinconce.
Monsieur Alfred Caillet, le maire, guidait le sous-préfet Romanet dans
son bel habit de lumière alors que le sénateur Guérin, encore auréolé
de son séjour Place Vendôme (il avait été garde des Sceaux de 1893 à
1895), conversait avec le député Naquet ; les conseillers généraux Rey
et Poujade se mêlaient à la petite troupe des conseillers municipaux et
des notables. Le cortège avançait de plus en plus difficilement au
milieu de cette foule sombre où surnageaient les châles chatoyants des
femms et les coiffes blanches des villageoises.
On s’arrêta longuement au marché des plants de vigne ; les travaux
d’Emile Fenouil, jeune pépiniériste carpentrassien, commençaient à
porter leurs fruits : en cultivant les hybrides américano-américains et
franco-américains qui offrent une résistance absolue au phylloxéra, il
participait déjà à la reconstruction du vignoble français.
Au marché aux chevaux, les transactions allaient bon train : chevaux et
mules du Languedoc, boeufs et vaches d’Auvergne changeaient de
propriétaires. Une indéfinissable odeur de sous-bois, de musc tonkin et
de mousse de chêne flottait dans l’air ; on approchait du marché aux
truffes qui s’ouvrait aujourd’hui. les négociants évaluaient le contenu
des paniers barradis ou des sacs de toile bleue que les rabassiers
couvaient de l’oeil. Les truffes commençaient à être de bonne qualité
et les plus grosses s’enlevaient à 9 francs le kilo ; malgré le grand
nombre d’acheteurs, le prix baissa en cours de journée et les plus
petites se vendirent à 4 francs le kilo.
Les céréales, les miels et les cires, les volailles piaillantes, les
gibiers de toutes sortes, attiraient les négociants venus du Lyonnais
et du Dauphiné. Pendant qu’on se livrait aux affaires sérieuses, les
badauds se bousculaient autour des baraques installées devant l’hôpital
et le théâtre : le “Voyage dans la lune” disputait aux trois cirques
les nombreux curieux ; mais le spectacle du cirque équestre de Madame
De-Dessus-le-Moustier annonçait des numéros alléchants : le Bambou
japonais, Bayard cheval de guerre, Miss Antoine dans son travail fin de
siècle, la mâchoire d’acier, Escarmouche en Autriche sous la guerre de
Napoléon 1er. Près des stands de tir, on commentait bruyamment les
exploits des tireurs pendant que les diseuses de bonne aventure
attiraient les curieux d’avenir.
Dans la foule, queques pickpockets esayèrent de s’enrichir à peu de
frais mais l’agent de police Théophile Meffre, fraîchement nommé, et le
garde-champêtre Auguste Marcellin veillaient. Aussi la main-courante du
commissariat resta-t-elle vierge.
Le 26, à 17h, à la cathédrale Saint-Siffrein, des choeurs et un habile
orchestre sous la baguette d’Alary accompagnaient les vêpres célébrées
par monsieur l’archiprêtre Illy. Le saint Clou, exposé à la tribune de
l’ostension, fut ensuite présenté à la vénération des fidèles. La foule
était de nouveau présente pour la messe solennelle le lendemain à 10h
et pour les deuxièmes vêpres à 17h (lire au-dessus “les origines de la
foire”)
Depuis 202 ans, les foules sont toujours aussi nombreuses ; certes on
ne vend plus les mêmes choses mais Carpentras reste l’une des plus
importantes foires du sud-est de la France”.
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